Le Togo s’écroule sous Faure Gnassingbé
Reportage à Amakpapé et à Togblékopé - Cas de Yoto
(Photo/Togocity.com)A en croire les autorités togolaises, les axes Hahotoé-Kpémé, Lomé-Tabligbo, Lomé-Blitta du réseau ferroviaire sont impraticables, de même que les axes routiers Hahotoé-Kpémé, Tsévié-Tabligbo, Tsévié-Kévé, et Lomé-Tsévié. Les villages qui sont situés le long des vallées du Zio et de Haho sont inondés.
Le drame à Amakpapé et à Togblékopé relaté dans ce reportage de notre envoyé spécial.
Situé à environ 80 km au nord de Lomé, le pont entre Gamé et Amakpapé sur la nationale N°1 a cédé sous la crue du fleuve Haho, le samedi 26 juillet dernier. Sur son passage, le fleuve n'a pas fait les choses à moitié. Il n'a pas seulement emporté dans son sillage le pont mais aussi il a ravagé des champs de maïs, de mil, de coton et autres cultures. C'est la désolation totale au sein de la population.
Cette rupture du pont sur la nationale N°1 n'est pas sans conséquences, surtout socio-économiques. Sur le terrain du sinistre, les témoignages sont poignants. Cette situation dramatique est pourtant pour certaines personnes une source de profits (arnaque et racket). Ne sont pas seuls à se livrer à ce jeu, les jeunes de la localité, mais aussi des syndicats. «A quelque chose malheur est bon», se disent-ils sûrement.
Kodjo Sikirou, un témoin de l'effondrement du pont, raconte: «Je transportais (ndlr: il faisait du taxi-moto) une fille qui se rendait à Amakpapé. A quelques mètres du pont je vis que le courant d'eau était davantage fort car il tourbillonnait violemment. Tout près, j'ai senti que le pont d'un côté craquait et l'eau passait déjà. Devant un véhicule administratif suivi d'une Toyota Corola et d'une Mercedes Benz, je gare ma moto alors que les deux premiers véhicules ont rebroussé chemin. L'homme de la Mercedes et moi avons approché le pont afin de voir ce qui se passait. De l'autre côté du pont venait une semi-remorque à qui nous faisions signe de s'arrêter et le chauffeur obtempéra. Entre-temps, j'étais allé chercher des jeunes du village pour venir eux aussi constater ce qui se passait. Soudain, quinze minutes après, aux environs de 7h30, le pont s'est effondré sous nos yeux ». « Il y avait un peulh sur une moto qui venait à vive allure. En dépit de tous les signes qu'on lui faisait, il n'obtempéra pas. Ainsi, lui et sa moto se jetèrent à l'eau. Heureusement pour lui qu'il a pu nager jusqu'à la rive avant d'être secouru. Ce n'est qu'après qu'il fit comprendre aux gens qu'il croyait aux braqueurs et surtout qu'il revenait de la vente des bétails et qu'il avait d'importantes sommes d'argent sur lui», ajoute un autre témoin de la scène.
«Le pont a complètement cédé. Aussitôt j'ai alerté les autorités. J'ai reçu des instructions et j'ai réuni les jeunes afin que soit barrée la route. Aux environs de 15 h, le PM arriva avec sa délégation et ils ont constaté les dégâts. Donc, la nationale N°1 est coupée. Voilà la population a des problèmes. Je vais vous dire comment ça se passe. Les chambres sont cassées. Tous ceux qui ont du maïs dans leurs champs, tout est ravagé par l'eau. Il y aura la famine dans ce village. Pire, c'est l'eau de Haho là que nous buvons. Parce que s'il faut prendre cette eau là dans son état actuel, nous aurons de la diarrhée ou le choléra», déclare M. Wadé L. Léonard, Chef de Togbo-Amakpapé. Pour les populations, c'est la peur au ventre. «Nous avons reçu des semences que nous avons déjà semées. Nous venons de passer les intrants pour le coton. Et voilà que l'eau vient de tout emporter. La SOTOCO ne comprendra pas certainement cette situation. Elle nous réclamera à tout prix ces forfaits. Déjà, nous ne savons pas quoi faire pour résoudre ce problème», explique un paysan dont le champ est entièrement passé sous les eaux à Kabosse-Kopé
«Suite à l'évènement, nous les jeunes de la localité, nous sommes réunis pour décider de comment aider les voyageurs. Nous avons aussitôt cherché des bois pour boucher les trous du pont des chemins de fer afin de permettre aux voyageurs de passer par ici. Tout ceci moyennant quelque chose par exemple pour les piétons, 50 à 100 Fcfa et 200 Fcfa pour ceux qui ont des motos», confie Kélé Mazama, le Chef du péage de fortune. Pour la destination des recettes: «Nous avons un CVD (Comité Villageois de Développement) à qui nous donnerons une partie et le reste pour tous les jeunes qui ont travaillé d'arrache-pied pour avoir ce passage», indique-t-il. Il faut signaler que les conflits entre les agents du péage et les passants sont monnaie courante dans la mesure où les tarifs sont appliqués à la tête du client.
«Voulez-vous tirez profit sur notre dos? Ce n'est pas bon de nous compliquer la situation. Déjà au marché, les prix ont flambé d'un cran. Vous autres, vous nous amenez à des frais supplémentaires car le nombre de fois que nous passons vous nous prenez des sous. A combien irons-nous vendre ces produits pour avoir gain de cause?», se plaint une dame.
A Togblékopé, c'est le même son de cloche. Les trois ponts étaient submergés par le torrent du fleuve Zio. Le courant était si fort que les véhicules étaient interdit de circulation, créant ainsi un autre «no man's land». Pour les conducteurs de taxi-moto, c'est la joie car les prix ont flambé. «Vraiment, il y a une malédiction qui plane sur notre pays. Le fleuve passe souvent violemment sous ces ponts mais, jamais jusque sur le pont. Mon inquiétude, c'est que ces ponts sont tellement vieux que je ne crois pas qu'ils pourront tenir beaucoup plus longtemps. Si ceci continue encore pour deux jours de plus, c'est sûr qu'ils vont eux aussi s'effondrer. Moi, je ne sais pas ce que font nos autorités», vocifère Louis qui a bravé la peur, traversant le courant d'eau avec tous les risques possibles.
Didier Ledoux
Après le cas Amakpapé, la préfecture de Yoto coupée de Lomé
La presse s'est toujours époumonée à rappeler la vétusté des infrastructures routières au Togo, histoire d'attirer l'attention des gouvernants afin qu'ils prennent des mesures idoines pour les remettre en état. Mais les autorités ont toujours fait la sourde oreille. C'est dans cette dynamique qu'est survenu le drame d'Amakpapé samedi dernier.
Amakpapé
Les pluies diluviennes qui tombent depuis quelques temps ont eu raison du pont de la localité. Il a été emporté par les eaux furieuses. Conséquence, la nationale n°1 est sectionnée et Atakpamé est coupée de Lomé. «La route est divisée par deux», a dit un jeune élève du cours primaire, appréciant ainsi le sinistre à sa manière, en des termes mathématiques. Pour revenir aux choses sérieuses, tout a l'air d'une voie qui vient échouer dans le vide. Mieux, dans les eaux.
Yoto coupée de Lomé
Nos fameuses autorités ont à peine le temps de constater les dégâts que déjà, on signale un fait similaire dans la préfecture de Yoto. Un pont aurait cédé sur le tronçon Lomé-Tsévié-Tabligbo, précisément au niveau du village Tchékpo-Dédékpoè. Rupture de pont qui isole donc la préfecture de Yoto. Elle est complètement coupée de Zio. Et pour rallier Lomé, on est obligé de passer par Vogan et Aného.
Les palliatifs
En attendant de voir les gouvernants enclencher sur la Nationale n°1 de «grands travaux»-c'est un terme générique-, ils n'ont pensé que déviation. Naturellement, c'est le ministre des Transports, Célestin Ekpaou Talaki qui s'est mis en scène. …Dans les mesures urgentes, nous allons rétablir la circulation en érigeant des barricades à 200 mètres à l'Est de l'ouvrage qui a été détruit. Avant ça, avec l'aide du ministère de l'Administration territoriale et du ministère de la Sécurité, nous avons alerté toutes les préfectures, toutes les stations taxis pour informer les gens qu'en venant du Nord, on doit dévier à partir d'Atakpamé, passer par Kpalimé et venir à Lomé. Si on est au Sud, on doit aller Lomé-Kpalimé-Atakpamé. Nous avons aussi la route entre Notsè et Agou …», s'est contenté de dire le ministre. Ainsi la voie Atakpamé-Kpalimé est réquisitionnée pour les besoins de la cause ; et d'autre part, les poids lourds en provenance du Port autonome de Lomé doivent passer par le pont rail. Mais ces solutions de rechange sont-elles à risque zéro?
Risque d'un Amakpapé bis
Il est à craindre que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets. Car l'état de ces voies de secours n'est pas enviable. La voie Agou-Notsè n'est rien d'autre qu'une piste rurale, même si M. Talaki a usé d'euphémisme et parlé de «route en terre moderne». Une petite comparaison : les boulevards et avenues de Lomé la capitale font faire des cauchemars aux petits enfants à cause de leur état piteux ; c'est à imaginer le sort des pistes. Si à Lomé on pense très vite au replâtrage, les pistes rurales ne jouissent pas de ce privilège et ne sont réhabilitées qu'à chaque reprise de Coopération avec l'Union Européenne. Les nids-de-poule qui s'y trouvent peuvent avaler une famille de rhinocéros. Ceux qui ont eu la chance d'emprunter cette voie se rendront certainement compte de la réalité.
Il y a en plus là-dessus un pont qui chancelle. Le ministre Talaki y a justement fait allusion. «Il y a aussi un pont là qui est en train d'être menacé par l'eau», a-t-il dit, avant de rassurer: «Les techniciens sont en train de vérifier si ce pont est praticable». Ce ne sont que des déclarations de dirigeant, qui ne sauraient minimiser le danger. Il y a risque d'un Amakpapé bis. Le ou les ponts construits sur cette voie sont à la mesure du poids des véhicules qui l'empruntent. Ce sont des poids légers, souvent des véhicules de transport en commun cinq (05), neuf (09) ou douze (12) places. Si donc aujourd'hui ces ponts doivent accueillir des semi-remorques, de gros porteurs, c'est à imaginer le risque que l'on court.
Le risque n'est pas moindre quand il s'agit pour les poids lourds, d'emprunter la route de Kpalimé, voie qui n'a pas l'habitude d'en accueillir. En effet il existe un pont à problème à Tové Agbessia, localité située tout prêt de Kpalimé. Le pont en question supporte, pour l'instant, le passage des véhicules, mais il est endommagé en bas et laisse voir beaucoup de fissures. Et s'il doit aujourd'hui supporter à un rythme plus accentué ces poids lourds, le risque d'un effondrement est donc grand.
Le tronçon Kpalimé-Atakpamé pose d'ailleurs problème. Certains l'appellent «sentier bitumé», voulant décrire cette voie. C'est son étroitesse qui est donc décriée. Selon les usagers, cette voie est difficilement applicable en temps normal. Ce n'est donc pas en ces temps de pluies diluviennes que la situation s'améliorerait. En plus, cette route est assez tortueuse, ce qui ne faciliterait pas les manœuvres aux titans.
Manque de maintenance
Le bon sens ne comprend pas comment on en est arrivé là. La question triture les méninges et beaucoup en arrivent à la conclusion du manque de suivi des infrastructures routières. Cette hypothèse est plausible, car un pont tel que celui d'Amakpapé ne saurait céder comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Le pont devrait avoir logiquement amorcé son processus de dégradation depuis un bout de temps, et les pluies diluviennes de ces derniers temps ne seraient venues que lui porter le coup fatal. On aurait donc pu prévenir cette catastrophe, s'il y avait un suivi régulier de ce pont, et par ricochet de toutes les infrastructures routières. Ce n'est que le manque de visite, et donc de maintenance qui a entraîné cet effondrement. C'est d'ailleurs le péché mignon des gouvernants togolais.
Au demeurant, cette catastrophe va certainement ronger l'économie togolaise. La Nationale n°1 est la voie par excellence qui dessert les pays de l'Hinterland. Toutes ces tracasseries de déviation risquent de dégoûter les partenaires économiques. Un ou deux renversements de titans sur ces voies de secours et ils changent d'avis, et iront à la recherche du mieux-être sous d'autres cieux. C'est ici qu'il est à craindre qu'ils ne se replient sur les pays voisins qui offrent de meilleures infrastructures pour leur approvisionnement. Déjà certains chauffeurs de ces titans à destination de l'Hinterland, surtout ceux qui transportent des effets périssables redoutent la dégradation de ces articles vu le temps fou qu'ils sont obligés de mettre à cause de ces tracasseries de déviation, et d'autres proposent de passer par le Ghana ou le Bénin pour rallier leur pays de destination.

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