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Nécessité de réglementer le secteur Lomé
la capitale du Togo connaît une démographie galopante. Face à cette
poussée démographique, il devient de plus en plus difficile pour
certains habitants de la capitale de trouver un logis. Il y a seulement
dix ans, les zones périphériques de la capitale comme Agoè-Nyivé,
Adidogomè, Hédjranawoè et Atiégou n’étaient que de vastes étendues
couvertes de cultures de maïs et de manioc. On n’y voyait que de rares
maisons très parsemées dont les habitants ne disposaient ni
d’électricité ni d’eau courante. Aujourd’hui, ces zones sont envahies
par des constructions souvent pour répondre à une très forte demande de
la part de personnes en quête d’un logement.
La demande en
logement est devenue si forte que les propriétaires ont adopté des
comportements à la limite de l’arrogance. Trouver un logis à Lomé de
nos jours relève presque du miracle. Il ne suffit plus d’avoir I’argent
nécessaire. Beaucoup d’autres critères très subjectifs, fantaisistes
voire absurdes entrent en jeu. Chaque propriétaire, tel un monarque
absolu, édicte souverainement les siens. Avant même l’achèvement dune
maison, les chambres sont déjà prises. Très souvent, ce sont les futurs
locataires qui fournissent l’argent pour la finition des travaux.
Aucune piaule, si modeste soit-elle, ne peut traîner plus d’une journée
sans trouver un preneur. Des dizaines de postulants défileront pour la
solliciter, en suppliant le propriétaire à genoux. Parmi les
demandeurs, beaucoup cherchent depuis plus d’un an.
Il a encore
quelques années, il suffisait pour louer une chambre, de verser au
propriétaire une somme correspondant au triple du montant exigé pour un
mois de loyer, en guise d’avance ou de cautionnement. Les habitations
se concentraient autour du centre ville et de quelques vieux quartiers.
Il arrivait que des chambres traînent plusieurs semaines voire des mois
avant de trouver un preneur. Dans les quartiers périphériques alors peu
habités où il n’y avait pas d’eau courante et d’électricité, certains
propriétaires n’exigeaient même pas d’avance sur le loyer, largement
plus bas qu’en ville, pour attirer les locataires. C’était le temps
béni où le locataire pouvait s’offrir le luxe d’accumuler des mois de
retard de loyer impayés. Quand le locataire était un élève ou un
étudiant, des propriétaires charitables le dispensaient du payement de
la période pendant laquelle il partait en vacances. Les choses ont
changé depuis. Trouver un logement et le garder à Lomé de nos
jours relève presque du miracle. Dans la majorité des cas, il faut
recourir aux services d’un intermédiaire connu ici sous la dénomination
de démarcheur. Celui-ci se charge de mettre le postulant en contact
avec un propriétaire qui dispose d’une chambre libre ou de quelqu’un
qui est sur le point de déménager, moyennant une commission équivalant
à un mois de loyer que payera le futur locataire. Ces derniers
n’hésitent pas souvent à roubler les postulants en leur proposant des
chambres qui n’existent pas ou déjà louées. Pour encaisser les frais de
déplacement qu’ils ont fixés à 2000 F CFA, ils s’arrangent le plus
souvent avec des complices qui se prétendent sur le point de déménager,
ce qui est faux. Plusieurs mois passeront durant lesquels il trouvera
toujours un prétexte nouveau pour justifier sa présence.
Quand
la chambre est disponible, le postulant entre en négociation avec le
propriétaire. Comme nous l’avons souligné plus haut, il ne suffit pas
d’avoir l’argent nécessaire pour l’avance sur le loyer (douze
fois le montant du loyer mensuel) pour être assuré de se voir adjuger
la chambre. Il faut préciser que certains, pour éliminer la concurrence
vont jusqu'à proposer le double du montant au propriétaire. Etre en
possession de ce montant n’est que la condition minimale : la
profession, la nationalité, la situation matrimoniale, la religion, les
horaires de travail etc. sont parmi les critères qui vont déterminer le
propriétaire à vous attribuer ou non sa chambre.
Ainsi, les
agents de certaines catégories socioprofessionnelles sont
particulièrement détestés par les propriétaires. Considérés comme mal
rémunérés, ce qui, il faut le reconnaître est vrai, les travailleurs de
ces catégories professionnelles sont aux yeux des propriétaires de
potentiels mauvais payeurs. C ‘est le cas des enseignants, surtout ceux
exerçant dans le privé. M Anoumou raconte ce qui lui est arrivé un
jour : « quand le démarcheur m’a dit qu’il m’avait trouvé une
chambre et que le propriétaire m’attendait pour me remettre les clés
contre le payement d’une avance exorbitante de douze mois de loyer,
j’ai cru que mon calvaire était terminé. Lorsque nous nous sommes
rencontrés le propriétaire et moi, avant même l’échange des civilités,
il m’a demandé ma profession. Quand je lui ai répondu que j’étais
enseignant, il a tourné les talons pour regagner son salon en lançant
par-dessus son épaule qu’il ne voulait pas d’enseignant dans sa maison.
Je suis resté tétanisé un bon moment dans la cour de la maison avec
mes cent quatre-vingt mille francs dans la poche. Je m’attendais à tout
sauf à une pareille absurdité. J’ai mis une année entière à trouver une
autre chambre en mentant sur ma profession, ce que mon propriétaire n’a
pas tardé à découvrir. Il m’a alors averti qu’au moindre retard dans le
payement du loyer, il me mettrait à la porte. »
Dans
certaines maisons, les propriétaires n’acceptent que des étrangers, les
grands favoris étant les Ibos, ethnie originaire du Nigeria dont la
solvabilité en matière de loyer, aux dires de leurs logeurs, est
légendaire. Le constat est établi à Lomé : de deux postulants, l’un
togolais et l’autre étranger, l’étranger a la quasi certitude de se
voir attribuer la chambre au détriment de l’autochtone. C’est là encore
une particularité bien de chez nous, comme s’il suffisait d’être un
étranger pour avoir plus de moyens qu’un togolais.
La religion
est parfois aussi un atout déterminant. Ce qui favorise dans une
moindre mesure une forme d’intolérance religieuse qui ne dit pas son
nom. Ils le disent ouvertement : « je ne veux pas de musulman dans
ma maison » ; « je n’aime pas les chrétiens » ; « je ne peux pas
habiter avec un témoin de Jéhovah » etc. Une vieille dame d’un
quartier populaire de Lomé a ainsi refoulé des dizaines de demandes
pour une chambre vacante dans sa maison parce qu’elle voulait un témoin
de Jéhovah comme elle pour locataire. Bien entendu, les affinités
religieuses, bien que déterminantes chez ces propriétaires ne sont pas
une libre licence pour ne pas payer le loyer à la fin du mois.
Avoir
une femme et des enfants peut vous compliquer la vie. Plusieurs
propriétaires ont une prédilection pour les célibataires et n’acceptent
qu’eux.
Ceux qui acceptent des couples ne les laisseront pas une
existence paisible. Le propriétaire et son épouse vont régulièrement
s’inviter jusque dans leur vie privée, leur compliquant avec mille et
une tracasseries, les unes aussi saugrenues que les autres. Si le
locataire n’est pas bon stoïcien, il devra l’apprendre à ses dépens car
la moindre discussion lui vaudra une sommation de quitter la maison
dans les plus brefs délais. Même les plus téméraires capitulent devant
la menace, conscients des mois ou des années qu’ils mettront pour
trouver une autre chambre.
Bien plus, les locataires doivent
se soumettre à un règlement intérieur concocté par les soins de leur
puissant propriétaire. Plusieurs dispositions de ce document sont en
violations des droits fondamentaux et élémentaires des citoyens, une
preuve de plus , si besoin en était, de la propension naturelle des
hommes à brimer leurs prochains, dès lors qu’ils croient posséder un
certain pouvoir. Certaines dispositions de ce fameux document tirent
leur source d’un prétendu respect des traditions ancestrales : on ne
doit pas balayer sa chambre ni se servir d’un mortier pendant la nuit
chez certains, alors que cela est permis chez les voisins. Dans
certaines maisons, il faut rentrer avant une certaine heure si on ne
veut courir le risque de passer la nuit à la belle étoile. Des
propriétaires ferment leur portail à vingt heures. Vous louez une
chambre et c’est un autre qui vous impose des horaires comme si vous
étiez un vulgaire adolescent sous haute surveillance. Les épouses de
certains propriétaires traitent celles des locataires comme si elles
étaient leurs subalternes. Si vous mangez régulièrement de bons repas,
vous êtes certains de déclencher la jalousie de la femme de votre
logeur qui, par des allusions à peine voilées, vous fera comprendre que
votre comportement n’est pas celui des gens qui ne possèdent pas leur
propre maison. Manger un bon repas est un privilège de propriétaire !
Pensent-ils.
Le loyer est un sujet d’insomnie pour tout
locataire dès qu’approche la fin du mois. Les salaires de la plupart
des fonctionnaires sont payés bien après le 10 du mois suivant, quand
ils le sont. C’est une situation que tout le monde connaît au Togo,
sauf l’illustre corporation des propriétaires. Dans le règlement
intérieur, la disposition qui se rapporte au payement du loyer spécifie
une date fixe pour le versement de son montant. Quelle que soit la
qualité des rapports qui vous lient au propriétaire, soyez en règle à
la date prévue, que vous ayez ou non touché votre salaire. Autrement,
soyez prêt à entendre les propos les plus discourtois assortis d’une
menace d’expulsion au prochain retard.
Le loyer peut être revu à
la hausse à tout moment, sans préavis et en l’absence de tous travaux
justifiant sa réévaluation. Ceux qui ne peuvent s’aligner sur le
nouveau taux sont invités à plier bagage. De plus, vous devez compléter
l’avance que vous aviez versée sur l’ancien taux. Ainsi, si
l’augmentation est de 1000 F CFA par mois, il vous faudra verser douze
fois cet équivalent sur les douze fois l’ancien montant. Quand le
propriétaire trouve un locataire plus nanti, il prétexte des travaux à
effectuer pour évincer les potentiels mauvais payeurs. Il serait
difficile, dans le cadre d’un seul dossier de prétendre dresser la
liste exhaustive des pratiques abusives auxquelles se livrent tous ceux
qui possèdent des maisons à Lomé.
S’ils se montrent
pointilleux sur les loyers, les propriétaires n’offrent pas de
logements décents. Beaucoup de maisons ne possèdent ni douche ni WC.
Quant à la toiture, c’est une véritable passoire. En saison pluvieuse,
les cours des maisons sont inondées et l’eau qui déborde entre dans les
chambres, détériorant mobiliers et autres. Bien que payant
régulièrement votre loyer, rien ne sera fait pour vous épargner ces
désagréments. Il serait difficile de vouloir faire une liste exhaustive
de abus auxquels se livrent les propriétaires au détriment des
locataires avec le silence complice des autorités.
Les
contrats de location ne font l’objet d’aucune réglementation. Chaque
propriétaire décide à sa guise, augmente comme il veut, menace les
locataires. Les services publics laissent faire. Cette complaisance
coupable des autorités conforte les propriétaires dans leurs
agissements. Encore une fois dans notre pays, les plus faibles n’ont
aucun recours face aux brimades des plus puissants. Nous ne cesserons
de dénoncer une loi de la jungle qui ne doit avoir aucune place dans un
Etat moderne digne de se nom où tout doit fonctionner suivant des
règles édictées par le législateur qui devraient au moins garantir la
survie des faibles. A l’allure où vont les choses, le salaire du
citoyen moyen ne suffira plus pour assurer ne serait-ce que son loyer.
Que deviendra-il en ce moment-là ? Alain Nococo/AgoraPress
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Commentaires
cocoly le 22/08/2009 à 17:22:44Votre recit détaillé, est interpelant.Quand les autorités ne font rien,que peut le simple citoyen contre la puissance de quelqu'un qui possede un bien à mettre à disposition. Tout est question d'éducation et de civisme;ce qui manque cruellemt à Lomé.Le Togo souffre de tous les maux.